Corps national des jeunes

 

 

Le développement harmonieux de la jeunesse burundaise, et la contribution efficace des jeunes à la stabilité et à la croissance de leur pays, sont freinés drastiquement par des facteurs divers tels que la faiblesse des possibilités de subsistance économique, le chômage, le manque d’un cadre légale et de gouvernance sectorielle ainsi que des conditions pour sa mise en œuvre, l’impossibilité pour les institutions gouvernementales de faciliter l’engagement citoyen et la participation des jeunes, la faiblesse d’une culture partagée et donc de la reconnaissance et valorisation de l’engagement volontaire, malgré cela soit une composante culturelle traditionnelle.

Sur base de cette situation, le Burundi a pris conscience, ses partenaires techniques et financiers avec lui, qu’il ne peut construire son développement et consolider la paix et la démocratie qu’en développant une gouvernance partagée, au sein de laquelle les citoyens, à majorité des jeunes, prennent toute leur place et se sentent partie prenante des enjeux de développement de leur pays. Politique de décentralisation, de développement communautaire, soutien naissant à l’émergence et au développement de la société civile, des associations de jeunes aux groupements paysans, sont autant d’éléments confirmant cette tendance.

Tout en restant ouvert à d’ autres options, les domaines d’intervention retenus comme prioritaires ont été : i) le soutien à la création d’emploi et au développement économique, notamment dans le domaine agricole ; ii) la protection de l’environnement, notamment sur des missions de renforcement des capacités des communautés à la base  ; iii) le soutien à l’instauration d’un état de droit ; iv) les services de base comme le soutien à l’alphabétisation, le soutien scolaire auprès des écoliers du primaire, l’enseignement du swahili et de l’anglais, et v) le soutien à la formation professionnelle.

  1. Stratégies, y compris les leçons apprises et le programme conjoint proposé
  • Aperçu général/contexte:

Le programme conjoint est conforme aux Objectifs du Millénaire pour le Développement, et contribue à l’Axe 1.2 de l’UNDAF, en particulier dans son produit 1.1.2 : « Les institutions démocratiques, la société civile, les syndicats et les médias sont renforcés et contribuent de manière substantielle à la consolidation de la démocratie et à la promotion du développement durable ». Il est aussi en cohérence avec la Vision « Burundi 2025 » qui met en priorité le développement du capital humain où le citoyen est en même temps bénéficiaire et acteur de son propre développement. En ce qui concerne le CSLP II, ce Programme se base sur le chapitre de la « transformation de l’économie burundaise pour une croissance soutenue et créatrice d’emplois » par :i) l’élargissement des opportunités d’emplois, (ii) l’adéquation formation/emploi et l’appui aux initiatives des jeunes, (iii) un marché de l’emploi plus efficace et (iv) la promotion du volontariat des jeunes au niveau intersectoriel.[1]

En outre, le Programme conjoint répond directement au Programme d’Action du Secrétaire Général des Nations Unies pour les cinq prochaines années, en particulier dans sa volonté de «  Répondre aux besoins des jeunes qui n’ont jamais été aussi nombreux dans le monde en accentuant le volet « jeunes » des programmes en vigueur en matière d’emploi, de création d’entreprise, de participation à la vie politique, de citoyenneté et de protection des droits, ainsi que d’éducation, notamment à la santé procréative. »

Il est envisageable qu’à long terme le Programme puisse contribuer à tous les objectifs du Millénaire pour le Développement, grâce à la flexibilité et à la diversité des affectations volontaires possibles.

Le Programme conjoint s’inscrit aussi à niveau local dans le plan de travail conjoint du Groupe Thématique Jeunesse, coordonné par UNFPA et mettant en synergie les actions de l’UNICEF, le PNUD, l’UNESCO, et le programme VNU.

Le programme VNU et le PNUD seront les initiateurs du Programme conjoint, avec la contrepartie gouvernementale représentée par le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture. Toutes les agences du système des Nations Unies pourront ensuite intégrer le Programme conjoint selon leurs activités,  la volonté et possibilité de mobiliser des volontaires nationaux dans leurs domaines d’intervention.

  • Programme conjoint proposé :

L’importance numérique et stratégique, la force potentielle et les risques réels auxquels se confronte la jeunesse burundaise sont parmi les justifications du choix de recourir à un programme conjoint, auquel les différents acteurs de développement au Burundi puissent participer selon leurs compétences, expériences et leurs mandats spécifiques.

Le rôle transversal qu’un Programme National de Volontariat des Jeunes peut jouer, et les effets que des affectations volontaires auront dans plusieurs domaines du développement et de consolidation de la paix au Burundi sont d’autres raisons pour lesquelles une approche conjointe est recommandée.

Le Programme conjoint se pose comme objectif général de mettre en place le cadre légal et l’infrastructure nationale de gestion d’un Programme National de Volontariat des Jeunes au Burundi, durable et fédérateur, destiné à promouvoir l’engagement volontaire dans le pays, à soutenir la mobilisation communautaire, et à créer un Corps National de Jeunes Volontaires, de moins de 31 ans au moment de la sélection qui consacreront 6 à 12 mois de leur vie à des missions de lutte contre la pauvreté, de consolidation de la paix, et pour l’amélioration du bien-être des populations jusqu’à la base.[2] Le programme assurera le même accès en termes d’opportunités aux jeunes hommes et filles burundais(es).

Pour obtenir cet objectif général, et adresser les défis identifiés en précédence, le Programme se propose de mettre en place les stratégies suivantes.

Afin de rendre opérationnel et visible  l’objectif gouvernemental, soutenu par ses partenaires au développement comme par la société civile burundaise, de promouvoir l’engagement volontaire des citoyens burundais pour le développement de leur pays, le cœur du Programme National de Volontariat du Burundi sera la création d’un « Corps National de Volontaires », jeunes qualifiés demandeurs d’emploi et sans expérience professionnelle, auxquels il sera proposé de consacrer 6 à 12 mois[3] à des missions d’amélioration des conditions de vie des populations et de consolidation de la paix, dans un cadre structuré et indemnisé de « volontariat national ».[4]

Une attention particulière sera portée à l’égal accès des femmes, des minorités ethniques et politiques au Corps National de Volontaires. Ceci sera accompli à travers non seulement un niveau de représentation des différents groupes au sein du corps de volontaires mobilisés, mais aussi dans le choix des membres du Comité de pilotage du programme ainsi que des acteurs de terrain impliqués dans l’appui aux initiatives bénévoles.

S’engager pendant plusieurs mois à temps plein, même dans une optique de solidarité et avec l’objectif de contribuer au développement socio-économique de son pays, est un engagement qui est différent du bénévolat ponctuel.

Afin de créer un vrai « corps » de volontaires et contribuer ainsi à l’émergence d’une culture commune du volontariat au Burundi, tous les jeunes appartenant au « Corps National de Jeunes Volontaires » participeront à des temps communs, notamment d’intégration et de formation, sur des sujets spécifiques (tel que la prévention contre le VIH/SIDA, les questions d’égalité de genre) ainsi que sur des compétences à acquérir (tel que le leadership). Ils auront dans leur mission au moins une mission transversale commune à tous.

L’idéal sera de prévoir au moins deux temps collectifs pour les jeunes volontaires[5], quels que soient leur lieu et leurs domaines d’affectation.[6]

Afin de contribuer à l’émergence d’une culture commune du volontariat, il fera partie de la mission de tous les volontaires nationaux, quels que soient leur mission de base et leur lieu d’affectation par ailleurs, de contribuer à la promotion et au développement effectif du bénévolat et du volontariat au Burundi, spécialement chez les plus jeunes.

Notamment, tous les volontaires nationaux devront : i) organiser et animer des clubs de volontaires dans les écoles de leur commune d’affectation ; ii) soutenir l’organisation des travaux communautaires dans leur commune d’affectation; iii) organiser des « camps d’été » pour les jeunes non scolarisés sur leur territoire d’affectation.

En outre, plusieurs autres outils pourront être prévus pour développer le sentiment d’appartenance à un même mouvement, notamment : des éléments de tenues, des rassemblements provinciaux, la Charte du Corps National des Jeunes Volontaires, des outils de communication spécifiques pour le Corps ; les conventions ou mémorandum d’engagement volontaire, etc.

Le Corps National de Volontaires sera dans un premier temps lancé dans les provinces les plus peuplées du Burundi. L’indication est de prévoir initialement des affectations dans les provinces de Gitega, Ngozi et Bujumbura Rural. Cependant à terme, l’objectif est de couvrir l’ensemble du territoire national, afin que l’esprit du volontariat, par l’intermédiaire de ces jeunes, puisse être diffusé dans l’ensemble du pays, et que ce Corps de Volontaires Nationaux puisse également servir la cohésion nationale, en plus de servir les besoins des populations sur l’ensemble du territoire national.

Comme mentionné, le volontariat ne peut se limiter à l’expérience d’un groupe de jeunes « volontaires à temps plein », aussi nombreux soient-ils. Il est donc important qu’un programme de volontariat national veille à promouvoir le volontariat de tous les citoyens, et sous toutes ses formes, même si le cœur de son action reste monter et développer un Corps National de Jeunes Volontaires comme précédemment présenté.

En conséquence, le Programme National de Volontariat aura en charge le développement d’autres actions, qui viendront compléter le pilotage et l’animation du Corps de Jeunes Volontaires Nationaux déjà présenté : apporter un soutien à l’organisation des chantiers de travail communautaire à travers le pays ; introduire les chantiers de travail volontaire dans le cadre de l’éducation civique en écoles secondaires et universités ; mettre en place le « Certificat de Validation des Acquis de l’Expérience Bénévole » ; organiser le soutien aux associations mobilisatrices de bénévoles par un Fonds de Soutien au Bénévolat Associatif ; créer et diffuser des outils de promotion du volontariat national (Un site Internet, une e-newsletter, des envois réguliers de communiqués de presse média ; des plaquettes de présentation du Programme National de Volontariat).

Ces actions de mobilisation bénévole seront coordonnées par les VNU nationaux coordonnateurs provinciaux, qui pourront à la fois livrer des formations aux responsables des associations de volontariat locales et aux communautés.

Parmi les conditions de réussite pour que l’ensemble de ce programme puisse être opérationnel et réellement utile, il faut envisager un cadre légal clair, ainsi qu’un pilotage opérationnel du programme proche de la société civile qui soit le plus souple, apolitique et autonome que possible.

Le programme sera géré par un « Centre National du Volontariat »[7], instance dédiée au pilotage du programme de volontariat national, co-gérée par l’Etat et la société civile burundaise, la plus souple et indépendante possible.

L’Equipe opérationnelle sera enfin composée de gens ayant l’expérience du volontariat.[8]

[1] Sans oublier que le présent programme ne se veut pas un Programme de création d’emploi ou de réduction directe du chômage

[2] Deux composantes principales sont à souligner : le Corps des Volontaires Nationaux proprement dit, et les activités parallèles pour la création dans le pays d’une culture commune du volontariat.

[3] Le nombre de jeunes en difficulté d’insertion au Burundi est tel, qu’il est souhaitable de limiter la durée du volontariat national afin de toucher le plus grand nombre de jeunes possible.

[4] Afin de répondre à la fois : au besoin d’avoir des volontaires qualifiés pour répondre aux besoins, à l’enjeu de taille que constitue le chômage croissant des jeunes au Burundi, et à la nécessité de bien positionner le volontariat par rapport à l’emploi, en posant clairement le principe que le volontariat est avant tout un engagement solidaire désintéressé, et non un « stage de 1er emploi » le Corps de volontariat national sera réservé aux jeunes à la recherche de leur 1er emploi, n’ayant pas eu d’expérience professionnelle, mais ayant déjà eu une expérience de bénévolat.

[5] En début de volontariat, un « séminaire d’intégration » d’au moins une semaine pour tous les jeunes, nationale dans la ou les deux premières années, puis régionale avec l’augmentation du nombre de jeunes concernés.

Cette semaine d’intégration collective et généraliste, devra être complétée par une formation sectorielle, pour l’ensemble des jeunes intervenants dans le même domaine.

Un séminaire collectif de fin de volontariat, d’environ une semaine également, dont l’objectif principal sera de travailler sur les compétences acquises pendant le volontariat national et d’aider les jeunes à rebondir après leur volontariat

[6] Par ailleurs, il serait utile de prévoir, en début de volontariat à la suite des deux semaines d’intégration, ou bien en milieu de volontariat, de dispenser aux jeunes une formation aux 1ers secours, afin que tous aient cette qualification et cette capacité d’être volontaire « autrement », à l’issue de leur volontariat national. D’autres modules, tel qu’une sensibilisation en prévention du VIH/SIDA aussi qu’aux questions de respect des différences et des aspects de genre devront également faire partie de la formation initiale.

[7] Ou autre dénomination du type « Burundi Volontaires », à l’instar de « France Volontaires », association indépendante où l’Etat et les associations français partagent le pouvoir de décision (avec pouvoir de décision final aux représentants de l’Etat). La terminologie « centre national du volontariat du Burundi » est celle choisie par le groupe « gouvernance » de l’atelier de validation.

[8] Les aspects de gouvernance du programme sont abordés plus bas.